Regarder les gens

Je crois qu’il y a quelque chose que j’ai toujours aimé faire : regarder les gens passer. D’aussi loin que je me souvienne je les regardais déjà passer de la fenêtre lorsque j’étais petite. C’est sûrement mon côté mamie-vieille-pie ?! Toujours est-il que j’adore les observer et me demander quelle vie ils mènent, leur histoire. Il y a parfois les stéréotypes qui ressortent, par exemple ce groupe de mecs qui passent avec leur polo Lacoste et leur requin aux pieds, immédiatement catégorisé alors que peut-être ils sont passionnés de tennis, portent un string sous leur jean et aiment regarder le patinage artistique le dimanche chez leur mamie. Bah oui, peut-être qu’on a tendance a trop vite s’imaginer que chaque personne rentre ou doit rentrer dans une case. Peut-être.

Les personnes que je préfère observer, et de loin, ce sont les enfants (dis comme ça c’est flippant je sais), et les personnes âgées. Deux types de personnes totalement opposées, les uns sont totalement innocents et insouciants, les autres ont vécus une vie riche, bonne, parfois moins bonne, mais une vie riche. Je serais capable de m’émerveiller devant une petite fille qui joue à la marchande (bam le stéréotype) comme devant cette mamie devant son métier a tisser que j’ai trouvé si mignonne lors de la journée Banthi Tour. J’essaye pour les uns de les imaginer plus tard, qui et que seront-ils devenus ? Comment ce petit garçon qui se fait pousser par ses copains au parc deviendra-t-il un homme fort et sûr de lui ? Comment cette bande de copines qui jouent à chat sur la place du parlement de Bretagne à Rennes deviendront de belles jeunes femmes entrepreneuses avec des principes forts ? A quoi pense cette petite fille assise au restaurant avec ses parents dans un pays qui n’est probablement pas le sien, aimé-t-elle son séjour ? Les choses merveilleuses qu’elle découvre ici ? Pourtant je ne reverrai jamais ni ces enfants, ni ces personnes âgées croisés là quelque part dans le monde. Mais j’adore leur inventer une jolie vie. Ça me fait d’ailleurs repenser à ce vieil article de ma copine Céline.

Je me souviens de ces mamies au village de tissage près de Chiang Mai. Je me souviens les avoir trouvé magnifiques. Je me souviens de leur sourire lorsqu’elles nous ont vu débarquer avec notre peau blanche et nos yeux ronds. Je pense qu’elles doivent en voir du monde, et notre venue signifie aussi qu’elles auront un petit quelque chose, une commission. Avec le peu qu’elles gagnent sur leur métier à tisser, à fabriquer de magnifiques étoles revendues sur le marché et que nous négocions toujours trop. Et pourtant elles sourient et les voir sourire c’est comme un rayon de soleil qui vient taper le matin à travers la vitre du salon, c’est doux, chaleureux et beau. C’est beau. Ces mamies qui n’ont pas eu une vie facile, dont le visage est marqué de toutes les peines et qui en même temps révèle de la bonté et de la douceur, ces mamies je les ai simplement trouvé sublimes.

D’un pays à l’autre, d’un niveau de vie a à l’autre et même d’une culture à l’autre, on peut observer sans mal d’énormes différences. Je ne saurais jamais vous donner d’âge pour les personnes âgées d’ailleurs, et c’est bien pour cette raison. Après une vie entière de travail, d’éducation, de découvertes, de peines mais aussi de joies, en fonction du niveau de vie et de tout ce que ces personnes ont pu traverser, la différence est si énorme pour un même âge. Mais clairement, les plus belles personnes restent à mon sens souvent les plus pauvres, elles sont souvent bien plus riches à l’intérieure (du moins c’était mon ressenti en Asie, moins en France). Je préfère regarder et admirer cette magnifique mamie sur le marché ou ce petit papi dans les rizières de Bali, dont le corps et le visage sont marqués par une vie riche et pas toujours facile, que de regarder cette autre dame d’un âge certain mais dont on ne sera jamais trop sûr qui a la « chance » de pouvoir se recouvrir le visage de toutes sortent de produits chimiques et embellisseurs (ce que je fais aussi ceci-dit). J’aime ces personnes qui ont des choses a raconter sans même avoir besoin de parler, cette ride ici qui est apparue après un tracas, cette dent qui s’est cassée en croquant dans quelque chose de dur, ces doigts plein d’arthrose qui ont travaillés durs et travaillent encore pour gagner 3 sous, ces lunettes sur le bout du nez qui permettent de lire les nouvelles dans le journal local, … bref, toutes ces choses à raconter sans même parler.

Oui, je suis capable de trouver une personne âgée jolie, trop chou, trop mignonne. Comme c’est souvent le cas des petits monstres qui courent partout en poussant des cris stridents mais qui deviendront a leur tout, comme vous et moi, des petits papis et mamies avec quelque chose à raconter.

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