Voilà bientôt 3 semaines que je suis de retour en France, pour 2 mois au total. Un pur bonheur de retrouver ma famille, ou du moins une partie. Et mes amis, ma bande de potes complètement inchangée de l’époque du lycée avec qui passer du temps est toujours aussi plaisant. Mais c’est tout en fait ! Après 9 mois de vie en Thaïlande, pays du sourire, avec de gros passages à vides de dépression et autre, je comptais sur ces 2 mois en France pour voir. Juste « pour voir ». Et peut-être revenir à la fin de mon Visa : rechercher un nouveau travail avec un patron qui ne sera jamais si bien que l’actuel, dans un pays où il fait aussi moche dehors que dans le coeur des gens, où quand tu sors dans la rue tu ne te sens pas en sécurité, où si tu es un peu différente on te regarde de la tête aux pieds pour se foutre de ta gueule, où tu te fais agresser dans le métro par un taré et où de toutes façons, c’est connu : les gens ne respectent rien ni personne. Mouais… peut-être que le choix va se faire de lui-même finalement.

La plupart des gens que je rencontre me disent que j’ai ce que l’on appelle simplement de la chance. Alors je ne suis pas une grande fan de Wikipedia, mais sur ce coup on est d’accord lui et moi : « La chance relève de l’amélioration d’une situation sans lien causale avec les actions de l’individu ». C’est à dire que non, ma situation actuelle n’est en aucun cas liée à la chance. Ce que j’ai aujourd’hui je ne l’ai pas eu en claquant des doigts, mais en me battant pour l’avoir, plus ou moins fort et quelques périodes de ma vie passée. En faisant un beau pied de nez aux gens qui n’ont jamais cru en moi, et qui parfois étaient même des proches personnes, très proches. Et en fait, ces mêmes personnes ne comprennent pas comment on peut tout quitter pour aller vers l’inconnu. Alors oui, je dois dire que si j’avais réfléchis une seconde avant de donner ma démission et de tout lâcher en France, j’aurais surement flippé ma race et abandonné l’idée car c’est normal d’avoir peur de l’inconnu. Mais si j’avais réfléchis je serais surement en train de regretter d’être passée à coté de cette opportunité qui clairement ne se présente pas 2 fois dans une vie. Les portes que je m’ouvre seraient restées fermées encore des années.

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Bref, de retour en France, je suis passé 4 fois sur Paris, enfin sur 4 jours, je me suis fait insultée plusieurs fois (j’avais oublié ce que c’était), je me suis aussi faite draguer mais avec humour et respect, donc tout n’est pas perdu, ça existe encore. Et à tous les gentils racistes qui peuvent passer par ici : l’un était noir, l’autre arabe et pourtant bien français et pourtant bien plus respectueux que le blanc m’insultant de salope dans le métro et me demandant bien aimablement si je voulais qu’il me baise. Mais bon, c’est une autre histoire, juste pour dire que Jean-Charles peut être pire que Mohamed ❤️. Toujours est-il que, je ne me sens pas en sécurité dans mon propre pays (et c’était le cas avant Daesh), j’ai peur quand je regagne ma voiture seule le soir en centre ville de Reims, d’ailleurs, je verrouille directement ma voiture de l’intérieur, juste au cas ou. Je ne me sens pas à ma place quand j’entends les gens plein de haine autour de moi, jurer sur le système, les arabes et le pôle emploi. Et encore moins à ma place quand je vois mon père se tuer au travail en me disant que sa retraite, il ne sera peut-être même pas là pour en profiter. Et moi, comme tout le monde, je suis pas hyper chaude pour vivre comme ça : dans la peur des gens mais aussi de l’avenir.

Ce matin je suis juste partie faire quelques courses pour un barbecue avec des amis, je suis ressortie en serrant les dents et en pleurant presque ma carte bancaire, et pourtant je suis du genre à regarder le prix au kilo pour pas trop « me faire ken » (la fille de Captain Turtle m’appellera « tata vulgos », c’est pas pour rien) non plus. Quand je vois comme on vit ici, comme je vivais aussi lorsque j’étais encore sur Paris, et pourtant je me débrouille seule depuis que j’ai 19 ans ce n’est pas comme si je découvrais la vie… je me dis que non, ma place n’est pas ici à travailler pour ne pas vivre. Et tant que je peux continuer de travailler et de vivre dans un pays comme la Thaïlande, ou sortir seule à 3h du matin en robe ne me fait pas peur le moins du monde, où laisser sa maison ouverte et oublier ses clés sur son scooter est simplement sans risque (sauf si un touriste malavisé passe, mais bon c’est autre chose encore), où simplement je me sens en sécurité (et pourtant rien qu’aujourd’hui 11 bombes ont explosées, il y a aussi de la violence), où peux profiter pleinement de ma vie avec pourtant le même salaire qu’en France, où la culture est simplement pleine de respect,… mieux vaut que j’y reste. Puis j’ai encore à apprendre, ce pays me fait grandir un peu plus chaque jour.

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Après je me dis aussi que les choses peuvent évoluer dans ma vie et me donner envie de revenir, ou de changer de pays encore une fois, peu importe. Je ne me ferme aucune porte, j’en ouvre juste plus ! Mais c’est le futur, je ne suis encore pas médium. Pour le moment, aujourd’hui, mon pays d’accueil me manque, mes amis sur place aussi, notre mode de vie évidemment, et tout le reste. Ses habitants sont plus accueillants en 9 mois que ceux de mon propre pays en 23 ans, où est donc le problème ? Je n’en aime pas moins la France qui reste mon pays, et que je ne vais pas renier car franchement je ne la dirigerais pas mieux et je ne la protégerais pas mieux si j’étais haut placée, mais voilà : je n’y suis plus à ma place pour le moment.